Dimanche 11 Juillet 2010 :
Xavier envoie un mail commun à Emmanuel et Michel, ses deux amis de longue date.
Xavier envoie un mail commun à Emmanuel et Michel, ses deux amis de longue date.
"Mes deux amis, Emmanuel et Michel,
ci-joint un document à mettre de côté en enregistrant ce mail dans un dossier spécial pour le conserver (méthode : sous outlook : cliquer sur fichier / enregistrer sous).
Ma situation est plus que précaire et je préfère prendre des précautions au cas où... et vous donner des instructions à l'avance. Si ça tourne mal, je n'ai que deux solutions : 1) me foutre en l'air avec ma voiture (assurance : 600 000 € pour Agnès pour élever les enfants), 2) foutre le feu à la baraque quand tout le monde dort (plus aucun problème pour personne).
(…) Je serai donc fin août – début septembre, au pied du mur avec une décision définitive à prendre : suicide seul ou suicide collectif... Mais bien sûr, il ne s'agit que de précautions : ne vous affolez pas !!
(…) Gardez ce document (dispositions.doc) et n'en parlez à personne. Je compte sur vous. Xav. (ps : je suis très sérieux, lucide, et sous l'emprise d'aucune drogue ni d'aucun alcool)."
Extrait tiré de la pièce jointe :
"Dispositions à prendre en cas de problème me survenant. A l’attention d’Emmanuel T. et de Michel R., mes deux amis intimes.
"Dispositions à prendre en cas de problème me survenant. A l’attention d’Emmanuel T. et de Michel R., mes deux amis intimes.
(…) Au vu des difficultés économiques actuelles, je préfère prendre des dispositions claires en cas d'accident (mortel ou non).
(…) En cas d'accident domestique (comme un incendie provoquant la mort de toute la famille), (…), je souhaite enfin que, même après enquête de police, on ne puisse jamais laisser croire à mes parents, frères et sœurs, que ces accidents ont été volontairement provoqués par moi (même si les preuves sont formelles).
Fait à Nantes, le 11 juillet 2010, et expédié conjointement par mail à Emmanuel T. et à Michel R., qui pourront ainsi prouver l'authenticité de ce document.
Xavier de Ligonnès."
Les enquêteurs retrouveront ce message et sa pièce jointe dans les boîtes mails des deux destinataires. Un constat s'impose, neuf mois plus tôt, Xavier anticipait avec une rare clairvoyance l'avenir :
- il sera suspecté par la police d'avoir assassiné et enseveli toute sa famille,
- les charges établies contre lui après l'enquête seront particulièrement accablantes,
- et malgré cela, comme il le souhaitait, certains membres de sa famille ne croiront pas à la réalité de la version officielle.
Ce souhait est en contradiction avec le mail lui-même, qu'il est tentant de lire, a posteriori, comme une preuve de préméditation, voire une sorte d'aveu par anticipation.
Xavier insiste néanmoins pour que ses deux amis conservent ce mail, le produisent en temps opportun et prouvent son authenticité. Puis, pendant les neuf mois qui suivent, jusqu'à sa propre disparition le 15 avril 2011, Xavier va accumuler les indices contre lui.
Vendredi 01 Octobre 2010 :
Fin septembre, Xavier est invité par Emmanuel au stand de tir où ce dernier s'exerce depuis quelques mois. Le moniteur de tir fait la connaissance de Xavier et apprend à cette occasion l'existence d'une carabine 22 LR qui se trouve alors chez Hubert, père de Xavier, à Levallois Perret.
Compte rendu d'Emmanuel vers Xavier, par email, le 1er octobre 2010: "Je parlais [au moniteur] de l'arme de ton père et de ce qu'il pensait du fait de la garder, de la déclarer ou pas, etc. (…) Il semble bien t'apprécier également, et te trouve doué."
Plus tard les enquêteurs découvriront l'origine de cette arme qui n'appartenait pas à Hubert : une amie veuve, la tenant de son mari défunt mais souhaitant s'en débarrasser, lui avait confiée.
Jeudi 20 janvier 2011 :
Mort d’Hubert de Ligonnès, père de Xavier.
Mercredi 26 janvier 2011 :
Enterrement en Lozère, au caveau familial.
Entre les deux, et jusqu'au 31 janvier, Xavier vide l'appartement de son père, aidé par un voisin, qui témoigne en avril :
"Le papa est décédé le 20 janvier 2011, le soir Xavier était sur Paris, et le déménagement a eu lieu très vite. Le 31 janvier au soir, tout était parti.
(...) J'ai vu le fusil, je savais qu'il était chez son père depuis longtemps : je l'avais vu un jour où, suite à une chute de Hubert à son domicile et à son transport à l'hôpital, celui ci m'avait demandé de lui rapporter des vêtements. A son domicile, en fouillant dans un placard où se trouvait ses affaires, derrière des costumes mais visible se trouvait ce fusil. Au moment du déménagement, j'ai eu ce fusil en mains, c'est Xavier qui me l'a montré."
Il manquait cependant le percuteur : "Xavier cherchait le percuteur, il ne pensait pas le trouver. C'est au dernier moment, en finissant de vider la cave qu'il l'a retrouvé dans la boite à outils. Je n'étais pas avec lui à ce moment là, j'étais retourné à mon appartement. En partant, il est passé pour me saluer et me remercier de l'aide, et à ce moment il m'a dit avoir retrouvé le percuteur."
Dimanche 30 janvier 2011 :
Un cousin de Xavier: "Je l'ai vu la dernière fois suite à la mort de son père au mois de janvier 2011. (...) Le dimanche d'après, j'ai eu un texto me demandant de venir le voir dans l'appartement de son père à Levallois Perret. Quand je suis arrivé, il avait quasiment fini de ranger. J'ai été marqué par la présence d'une carabine 22 LR. Il a cassé le canon devant moi. Il m'avait fait la remarque que c'était une arme dangereuse. Et qu'il ne comprenait pas la présence de cette arme."
Mercredi 02 Février 2011 :
Xavier s'inscrit au stand de tir où pratique déjà Emmanuel.
Jeudi 10 Février 2011 :
Adhésion de Xavier à la Fédération Française de Tir, sa licence est validée.
Weekend du 18 au 20 Février 2011 :
Xavier séjourne seul chez Michel dans l'Hérault et y rencontre un ami commun. Selon ce dernier, Xavier aurait évoqué un départ prochain de toute la famille pour l'Australie:
"On a discuté de tout et de rien. (...) Il m'a dit avoir un projet de partir en Australie pour monter une société toujours dans la même branche. On n'a pas parlé plus que ça. Il a dit que ce changement ne lui faisait pas peur, qu'il était décidé. Ça avait l'air sérieux, il était fidèle à lui-même, sûr de lui, cohérent. (...) Après avec Michel on a évoqué rapidement le sujet du projet en Australie de Xavier. Michel m'a juste dit que Xavier était comme ça."
Samedi 26 février ou 06 mars 2011 (?) :
Fin février ou début mars, un samedi après-midi, Xavier se présente dans une armurerie de Nantes pour acquérir une arme. En avril 2011, le vendeur qui l'avait accueilli ayant reconnu Xavier sans hésiter sur photo, raconte aux policiers : "Il y a environ deux mois, un samedi dans l'après-midi, un homme d'environ une cinquantaine d'années, présentant bien, portant des lunettes de vue, s'est présenté dans l'armurerie où je travaille et m'a demandé une arme pour se défendre. Là-dessus je lui ai répondu quelle type d'arme il désirait, et pour quoi faire." Xavier explique alors qu'il a reçu des menaces de mort, que sa famille est en danger, et que pour se défendre au cas où, il souhaite acquérir une arme de poing, de type 9mm ou 357. Le vendeur demande alors à Xavier s'il est titulaire d'un port d'armes ou d'un permis de détention. Xavier ayant répondu par la négative, le vendeur l'informe qu'il ne peut lui vendre qu'une bombe lacrymogène ou un pistolet à air comprimé. Xavier insiste cependant pour voir les armes de poing en vente, prétextant qu'il possède déjà une carabine et qu'il est presque tireur d’élite. En fait, il fait de l'humour en faisant référence à sa très courte expérience de tireur sportif, mais le vendeur, déjà dubitatif quant aux raisons invoquées pour l'acquisition d'une arme de poing, ne comprend pas et entend "prêtre tireur d'élite". Prenant Xavier pour un déséquilibré, il refuse catégoriquement de lui montrer les armes. Xavier n'insiste plus et sort de l'armurerie calmement.
Samedi 12 mars 2011 :
17h20, achat avec la carte bancaire de Xavier d'un silencieux et d'une boîte de munitions 22 LR dans une armurerie de Nantes.
En avril l’employé de l'armurerie confirme aux policiers avoir vendu environ à cette date un réducteur de son pour carabine 22 long rifle à un homme d'une quarantaine d'années environ. L'employé ne reconnait pas Xavier sur les photos que la police lui présente en avril 2011 et affirme qu'il ne s'agissait pas de cette personne, mais d'un autre homme, au visage rond et au crâne dégarni.
Peut-être est-ce Emmanuel qui possédait un permis de détention d'armes lui permettant d'acheter ces articles. Si c’est le cas, Xavier lui a confié sa carte bancaire pour ce faire, et n'a pas profité de l'occasion pour mettre cet achat sur le compte d'Emmanuel. C'est à Xavier que la police a attribué l'acquisition.
Dimanche 13 mars 2011 (?) :
Emmanuel ayant proposé à son filleul Thomas de lui offrir une initiation au tir sportif, Xavier emmène Thomas et Benoît au stand de tir. Arthur n'ayant pu se libérer pour se joindre à eux ce jour-là, rendez-vous est pris pour le 9 avril. "Vers le mois de mars, il a commencé à venir avec ses fils : Thomas avait commencé l'initiation et Benoît aussi, Arthur devait le faire mais cela n'avait pas encore débuté" déclare en avril le moniteur de tir aux journalistes du Point (Le Point avec AFP, Tuerie de Nantes : le père fréquentait un stand de tir, 23 avril 2011).
Mercredi 16 mars 2011 :
18h22, achat avec la carte bancaire de Xavier dans un magasin de bricolage de Saint-Maur, dans l’Indre. Le ticket de caisse est retrouvé dans la voiture le 22 avril, il s'agit principalement d’un paquet de 11 dalles PVC adhésives pour le sol. Les dalles sont retrouvées le 21 avril dans la sépulture individuelle, empilées et pliées sur elles-mêmes, et marquées par plusieurs impacts de balles. Selon l'expertise balistique, l'empilement et le pliage ont permis de créer une couche de plusieurs épaisseurs destinés à stopper ou ralentir les balles, peut-être pour protéger un sol ou un mur. Les impacts sont nombreux et ne correspondent pas entre eux pour une position unique, comme si l'ordre ou la position dans l'empilement des dalles avaient été modifiés entre les tirs, ce qui donne à penser que ce système a été utilisé en série ou à plusieurs reprises.
Lundi 21 mars 2011 :
Xavier se rend à Paris, où il dîne le soir avec de la famille proche. Le maître de maison est chasseur et Xavier s'entretient longuement avec lui. Contrairement à la rumeur médiatique, les questions de Xavier ne portent pas sur la manipulation de gibier mort, mais principalement autour du tir et des armes. Il informe son interlocuteur qu'il s'est mis à la pratique du tir sportif en club depuis quelques mois, qu'il utilise une carabine de calibre 22 Long Rifle récupérée chez son père, et qu'il a l'intention d'acquérir un silencieux pour cette arme (ce qui est fait depuis 10 jours au moment de la conversation). Xavier se renseigne également sur les formalités administratives pour obtenir un port d'arme, puis demande clairement à son hôte s'il est possible de tuer quelqu'un avec un calibre 22 Long Rifle.
Mercredi 23 mars 2011 :
Le soir, Xavier dîne avec un ami de longue date dans un restaurant de Versailles. Lors du repas, Xavier parle de son nouveau loisir, le tir sportif, et montre sa licence, obtenue en février. Trouvant que cela ne lui ressemble pas, son ami lui demande ce qu'il fait avec ça et pourquoi il s'est mis au tir. Ce à quoi Xavier répond que c'est une échappatoire et que cela le relaxe.
Jeudi 24 mars 2011 :
Echange de SMS entre Xavier et une amie de jeunesse habitant en Savoie. Xavier planifiant une tournée dans le Sud Est, ils étaient convenus quelques jours plus tôt de dîner ensemble le mercredi 30 mars. Xavier explique qu'il doit repousser son déplacement en raison d'un rendez-vous chez Pôle Emploi le vendredi 01 avril. La tournée et le dîner sont reportés pour la deuxième semaine d'avril.
Jeudi 31 mars 2011 :
Agnès participe à une réunion de prière, deux de ses amies témoignent à chaud, en avril:
"Nous avons échangé au sein du groupe, en présence d'Agnès, pour la dernière fois le 31 mars 2011. Lors de cette dernière réunion, j'ai trouvé Agnès très anxieuse, elle avait un poids sur le cœur, et elle a évoqué des menaces la concernant ainsi que son mari Xavier. Agnès a quitté rapidement l'assemblée ce jour-là. (…) Véritablement elle craignait pour son mari Xavier, en parlant de lourdes menaces."
"J'ai vu Agnès pour la dernière fois le 31 mars 2011. Elle nous a quitté rapidement ce jour-là, car elle n'était pas bien, elle semblait très préoccupée. (…) A cette occasion je me souviens qu'Agnès nous avait fait part de craintes, et qu'elle se sentait menacée. Elle nous demandait de prier pour elle-même et pour toute sa famille. Elle nous recommandait de prier surtout pour Xavier car elle craignait pour lui."
22h48, Xavier écrit à une amie d’enfance, avec qui il avait repris contact quelques jours plus tôt : "Il est plus que probable que nous partions nous installer aux USA la semaine prochaine. J'attends ces jours-ci une confirmation définitive."
Fin mars ou début avril 2011 :
Selon Europe 1, peu de temps avant la disparition, Agnès aurait dit à une religieuse : "priez pour moi, je vais en avoir besoin" (Europe 1, Pierre de Cossette, Nantes : "elle était comme d'habitude", 22 avril 2011).
Vendredi 1 avril 2011 :
8h30, Xavier se rend à l’agence Pôle Emploi, au 3 route de Vannes, pour un entretien. Il y reste environ une demi-heure.
16h19, achat de matériel au Castorama d'Orvault, avec la carte bancaire de Xavier. Il s'agit d'un lot de 2 rouleaux adhésifs, de 2 sacs de ciment prompt de 10 kg chacun, de 12 sacs à gravats de 50 litres extra renforcés, d'une houe Lorraine et d'une bêche Senlis. L'adhésif gris sera retrouvé le 21 avril sur les emballages des corps, sans aucune trace d'empreinte digitale. Au-dessus des deux fosses, recouvert par environ 10 cm de terre sèche et de gravats, le ciment prompt formait une couche grise d'une épaisseur irrégulière d'un à deux centimètres, dure, mais s'écrasant légèrement au toucher, comme s'il n'était pas complètement sec (pour un ciment prompt, cette description correspond à un diagnostic temporel d'environ 72 heures). Seuls deux sacs à gravats seront retrouvés dans le fond du jardin, contenant un mélange de terre et de gravats similaire à ce qui recouvrait les fosses. Les deux outils ne seront pas retrouvés : il n'est pas possible de confirmer qu'ils aient été utilisés pour effectuer les travaux d'excavation et d'ensevelissement des corps. Si c'est le cas, la longueur de leurs manches, 120 et 130 cm, a dû compliquer la tâche : la hauteur maximale de l'espace exigu abrité par le balcon terrasse sous lequel les deux fosses ont été creusées n'était que de 1,20 mètre.
Vers 18h00, comme à son habitude, Xavier se rend au stand de tir pour la dernière fois et y passe deux heures environ. Selon le témoignage du président du stand de tir, "il est venu quatre fois la dernière semaine de mars et sa dernière visite remonte au 1er avril".
Interrogé également, le moniteur ajoute que "la dernière fois, il m'a prévenu que ses fils ne pourraient pas venir au rendez-vous qui avait été pris pour le 9 avril, sans donner de raison" (Le Point avec AFP, Tuerie de Nantes : le père fréquentait un stand de tir, 23 avril 2011).
Emmanuel se souvient aussi : "J'ai retrouvé cette date car nous nous étions vu au stand. Il a laissé une cible dans ma voiture. Il m'a demandé si ça ne me dérangeait pas qu'il la laisse dans mon véhicule, même si nous n'étions pas venus ensemble. Sur cette cible sont notés des annotations de tir et elle est datée du 1er avril 2011."
Samedi 2 avril 2011 :
09h42, Xavier achète des timbres au bureau de Poste du 52 bd Schumann, puis effectue quelques minutes plus tard un plein de carburant dans la station Total voisine. Ses connexions internet montrent qu'il est devant son ordinateur en fin de matinée et en début d'après-midi. A l'exception d'Arthur qui est sorti, toute la famille déjeune ensemble au domicile.
Xavier quitte le domicile vers 16h30. A 17h15, un paiement est effectué avec sa carte bancaire au Jardiland d'Orvault. Il s'agit d'un achat de 40 kg de chaux vive, soit 4 sacs de 10kg. La chaux vive peut servir pour restaurer ou améliorer le pH d'un terrain acide, mais elle est surtout connue pour être utilisée lors de l'ensevelissement de cadavres, principalement pour réduire les odeurs et éventuellement aider à la décomposition. La découverte de cet achat par les enquêteurs, le soir du 20 avril 2011, les décidera à sonder les sols de la cave et du jardin à la recherche de cadavres.
Dimanche 3 avril 2011 :
Vers 10h00 Agnès et Anne assistent à la messe dominicale à l'église Saint-Félix de Nantes. A la sortie de la messe, Agnès s'entretient avec plusieurs personnes. Selon le témoignage de l'une d'elles, reçu à chaud par un journaliste TF1, Agnès aurait évoqué ce jour-là un départ pour l'Australie : "Le 3 avril, c’est Agnès, la mère, qui annonce à l’une de ses amies son départ imminent pour l’Australie. Un changement de vie auquel elle semblait croire fermement" (TF1, JT 20h du 24 avril 2011).
De 11h00 à 14h55, Arthur est à la pizzeria où il travaille occasionnellement.
15h30, Thomas a rendez-vous sur le pas de la porte avec la mère d'une de ses amies, étudiante à Angers comme lui. Il récupère des sacs à destination de son amie. Vers 17h00 Thomas va prendre son train pour rentrer sur Angers.
Vers 17h50, toute la famille, à l’exception de Thomas, arrive au cinéma EuroPalace. Ils vont voir le film d'animation "Rango", sorti en France le 23 mars 2011.
Vers 20h30, après être repassé à la maison, la famille dîne au restaurant le Charolais Grill. Ils quittent l'établissement vers 22h00.
22h08, Agnès commence à converser par SMS avec une amie espagnole, qu'elle connaît depuis son adolescence. Elle continuera jusqu’à 23h40, 57 SMS seront échangés entre les deux femmes, et plusieurs appels téléphoniques courts auront lieu entre temps. Agnès parle tout d’abord de ses soucis au sujet d’Arthur qui ne parvenait pas à trouver un stage.
22h22, dernière conversation d'Arthur avec sa petite amie : "Je l'ai appelé le dimanche soir, il était à Nantes. En fait je le réveillais, il devait être 22h00. Il m'a expliquée que la réunion de famille s'étant prolongée, son père lui avait proposé de le ramener le lundi matin à Saint-Laurent-sur-Sèvres, comme cela avait déjà pu arriver."
22h37, Xavier laisse un message audio sur le répondeur de Christine : "Oui coucou, c'est moi... J'ai eu ton sms, là, que je viens de trouver sur mon… enfin ce que tu m'as envoyé sur mon PC. On était au cinoche en famille, et au restaurant ensuite : dimanche soir, et on rentre juste. Donc je t'ai envoyé un petit truc pour te demander si c'était trop tard pour le téléphone et puis là je vois que tu es sur ton répondeur... Mais... J'ai été surpris, tu me parles de Bertram, qui est dans ses préparatifs pour l'avion !? Ah ?! Donc... Je croyais qu'il venait d'arriver !... Alors j'étais un peu surpris... Voilà, je t'embrasse... Si c'est pas trop tard, tu me re-bipes, ou tu m'envoies un petit sms, je vais coucher les enfants, dire bonsoir à tout le monde. À tout de suite !... peut-être...".
22h30 à 23h30, l’amie espagnole d’Agnès, la sentant soucieuse au sujet d’Arthur dans ses SMS, décide de l’appeler. Il lui semble qu’Agnès est alors dans le bureau de la cave avec Xavier, vraisemblablement par discrétion vis-à-vis d’Arthur. A un moment donné, l'amie a ressenti comme une tension entre Xavier et Agnès. Cette dernière s'employait à faire baisser le stress de Xavier qui s'inquiétait de la somme d'argent que le couple lui devait depuis l’été dernier. L'amie a alors rassuré le couple en disant qu'ils n'avaient pas à se soucier de cela et qu’ils rendraient l’argent quand ils le pourraient. Agnès lui a alors transmis les remerciements de la part de Xavier
23h45, Xavier accède à un fil particulier du forum Cité Catholique via la recherche Google. Le terme entré est "Fraternité Saint Thomas Becket". C'est l'un des moyens qu'il utilisait pour retrouver un fil un peu ancien sur lequel il voulait revenir. Le fil visité est une présentation de cette fraternité catholique.
23h40, Agnès échange son 57ème et dernier SMS de la soirée avec son amie espagnole.
Entre 23h30 et 02h00, plusieurs voisins entendent les chiens aboyer, pendant environ deux heures.
Lundi 4 avril 2011 :
00h12, Agnès envoie un SMS à Xavier.
00h23, Anne envoie le dernier SMS de la soirée à l'un de ses amis, après avoir conversé avec eux par ce biais depuis le retour du restaurant. L'un d'eux témoignera le 22 avril 2011 qu'elle avait dit qu'elle ne pourrait plus communiquer et qu'elle serait privée d'ordinateur et de téléphone.
00h29, démarrage de l’appareil d’assistance respiratoire d’Agnès, ce qui correspond vraisemblablement à l’heure de son coucher.
Vers 02h00 au plus tard, selon les voisins, les chiens auraient cessé d'aboyer.
02h02, Xavier accède à un fil particulier du forum Cité Catholique via Google, comme il l'a fait deux heure plus tôt. Le terme recherché est "communion état péché mortel", et le fil visité traite des sacrements, de l'état de grâce et du concubinage. Par souci de clarification, précisons la définition de la notion catholique de "péché mortel" : il s'agit d'une faute grave qui entraîne la perte de l'état de grâce. On ne peut pas en déduire que cette recherche sur Google suggère des pensées meurtrières, et il n'est pas question de violence dans le fil consulté.
Vers 03h30, arrêt de l’appareil d’assistance respiratoire d’Agnès, selon la mémoire enregistrée de l'appareil. Selon l'expertise, ce type de durée et d'arrêt en pleine nuit a été observée à quelques reprises durant le mois écoulé.
Vers 09h00, le kiné d'Agnès reçoit un appel de Xavier disant que son épouse ne pourrait pas se rendre à son rendez-vous de ce jour, lundi 04 avril 2011, à 18h30, pour cause de maladie.
Vers 10h00, la secrétaire du primaire de l’Institution Blanche de Castille reçoit un appel téléphonique de Xavier, l'avisant que son épouse avait été malade toute la nuit, qu’elle avait une gastro, qu’elle dormait, qu’elle ne viendrait donc pas ce jour-là, et probablement pas le lendemain non plus.
Vers 10h00, la secrétaire de l'enseignement supérieur au lycée Saint-Gabriel reçoit un appel téléphonique de Xavier signalant qu'Arthur serait absent ce lundi, pour cause d'accident de scooter, qu'il était à l'hôpital, et qu'il serait sans doute encore absent le mardi.
La lettre de démission adressée au gérant de la pizzeria qui employait Arthur est datée de ce jour, lundi 04 Avril 2011. "C'était une lettre manuscrite, signée de son nom", précise le gérant, qui ne se souvient plus exactement de la date à laquelle il a reçu ce courrier. La lettre informe son employeur qu’Arthur ne peut "continuer à assurer ses fonction… présente sa démission… renonce à toute indemnité et à tout salaire… suite à la mutation de son père en Australie".
Entre 13h00 et 14h00, Xavier a une conversation téléphonique de 20 minutes avec sa sœur Christine. Xavier a un ton normal, il parle du SMS de la veille, du dimanche en famille et d'autres banalités courantes, s’enquiert de savoir pourquoi Bertram est reparti si tôt, et surtout donne des précisions sur des questions administratives qui concernent la succession de leur père.
Vers 19h45, Xavier quitte Nantes en voiture pour Angers. A 20h16, le téléphone de Xavier active une borne à Ancenis. Il appelle alors Thomas.
20h50, Xavier et Thomas vont dîner au restaurant "Le Cavier" à Avrillé. Thomas est un peu malade et a pris des médicaments. Selon leurs voisins de table la conversation est plutôt discrète entre le père et le fils, Thomas semble distrait, un peu perdu dans ses pensées. Il quittent le restaurant vers 22h55.
Vers 23h10, Xavier dépose Thomas chez lui, au foyer Saint-Aubin, en face du château d'Angers. A 23h21, il fait un appoint d'essence dans l'une des deux stations service Carrefour d'Angers, qu'il règle en carte bancaire. Il passe le péage d'Ancenis vers 00h11 et arrive à Nantes vers 00h45.
Mardi 5 avril 2011 :
Thomas passe la matinée chez un ami, Mathieu, qui le trouve peu bavard, un peu absent, un peu bizarre. Thomas lui explique qu'il a eu un malaise la veille au soir, au restaurant avec son père. Il dit s'être endormi à la fin du dîner, et pense que c'était du à la prise de ses médicaments.
11h20, achat avec la carte bancaire de Xavier au Weldom Bricozola, rue Emile Zola. Il s'agit d’un diable de couleur rouge. Les 18 et 20 avril, les policiers visitant la maison remarquent ce diable qui est rangé sous la terrasse, à gauche de l'entrée de la cave, là où sera découverte la sépulture individuelle.
Entre 12h00 et 12h30, une employée du salon de coiffure voisin aurait vu Agnès téléphoner sur le trottoir, devant sa maison.
Le 23 avril, en réaction à l’annonce du procureur sur la date supposée des décès, elle affirme aux journalistes de RTL : "Moi je l’ai vue, je venais chercher mon salaire, un mardi parce que… – c’était le 5 avril – j’en avais besoin. Et je l’ai vue sur le trottoir, avec son téléphone. Elle était au téléphone, il était midi, midi et quart, midi et demie. Et quand je suis repartie dans les mêmes heures, elle était encore au téléphone, sur le trottoir devant chez elle, à téléphoner. Donc c’est pas possible : c’était bien le mardi 5 avril." (RTL, Patrice Gabard, "Exclu RTL : une autre riveraine a vu Agnès le 5 avril", 23/04/2011 - 16h30).
Suite à cette interview, cette personne sera interrogée le 17 mai 2011 par les enquêteurs : elle restera tout aussi catégorique sur le fait d’avoir vue Agnès le 5 avril. Les vérifications ultérieures ne permettront ni de confirmer, ni d'infirmer ses déclarations.
13h50, Xavier envoie un email à sa sœur aînée. Il lui parle des deux soirées précédentes passées au restaurant, en famille à Nantes, puis avec Thomas à Angers.
Ce jour-là ? Le mardi 12 avril (sic, vraisemblablement une semaine plus tôt), le gérant d'un café situé à proximité de la maison (...) a relaté avoir aperçu, le 5 ou le 12 avril, Agnès Dupont de Ligonnès, accompagnée de Benoît et d'Anne, les deux plus jeunes enfants du couple, monter dans une Golf cabriolet avant de partir dans une direction ignorée.
(Stéphane Sellami, Thibault Raisse et Pierre-Baptiste Vanzini à Nantes, Aujourd'hui en France / Le Parisien, "Le père de famille recherché est le suspect numéro un", Vendredi 22 avril 2011)
(Stéphane Sellami, Thibault Raisse et Pierre-Baptiste Vanzini à Nantes, Aujourd'hui en France / Le Parisien, "Le père de famille recherché est le suspect numéro un", Vendredi 22 avril 2011)
15h30, Thomas ne se rend pas à une répétition à laquelle il s’était engagé à venir. Une amie qui a vu Thomas le matin même se souvient que son attitude n'était pas cohérente ce jour là : "Thomas n'est pas venu à la répétition. On lui a envoyé un message, vers 15h30, pour lui demander pourquoi il n'était pas là. Il a répondu qu'il aurait fallu le prévenir, alors qu'il était prévenu. Il n'est donc pas venu à la répétition. On a fait sans lui. Je suis parti vers 16h30 après la répétition. Je lui ai envoyé un message disant qu'on était parti. Il a répondu qu'on aurait dû l'attendre, qu'il nous avait cherché, alors qu'il savait très bien où on était."
Dans l'après-midi, Thomas se rend chez un autre ami, Romain, et lui raconte son dîner au restaurant de la veille, avec son père. Il raconte qu'il s’est senti fatigué, crevé, s’endormant dans son assiette, et qu'il s’était plus ou moins réveillé dans la voiture de son père, alors qu'il le ramenait chez lui.
18h15, une amie d'Anne tente de l'appeler sur son téléphone. Elle laisse un message sur le répondeur. A 18h52, le téléphone d’Anne émet un SMS vers l'amie qui a tenté de l'appeler, expliquant qu'elle est malade. A 18h53, la messagerie du téléphone d'Anne est consultée, pour écouter le message.
A 19h18 puis 19h21, alors qu'il est chez son ami Romain, Thomas reçoit deux courts appels de Xavier. Romain se souvient : "Le soir du 5 avril, toujours dans ma chambre étudiante, Thomas a reçu un appel téléphonique de son père. Thomas m'a expliqué à l'issue que son père venait de le prévenir que sa mère avait eu un accident de vélo, qu'elle avait percuté une voiture et qu'elle avait eu un petit coma, sans qu'il n'y ai à s'inquiéter. Il lui avait précisé que sa mère était encore à l'hôpital. Son père demandait à Thomas de prendre le train et de rentrer à Nantes. Thomas a regardé les horaires de train sur internet, chez moi. Il a quand même mangé chez moi. Il a vu qu'un train partait vers 22h00 ou 22h30 pour Nantes. (...) Il m'a dit : Je reviendrai demain."
19h44, Thomas essaie de rappeler Xavier. A 19h45, n’ayant pas de réponse, il envoie un SMS à Agnès.
Vers 20h00, Thomas échange avec une amie sur Facebook : "Le soir du mardi 5 avril, j'ai tchatté avec lui sur Facebook. Cela devait être vers 20 heures. Il était chez Romain. Il m'a alors dit que son père l'avait appelé car selon ce qu'il disait, sa mère était à l'hôpital suite à un accident. Mais il m'a rassurée comme quoi ce n'était pas grave. (...). Je dois dire que ses écrits de ce soir-là clochaient avec ses habitudes. J'ai eu l'impression qu'il avait bu ou quelque chose comme ça. C'est difficile à expliquer, mais cela ne collait pas avec son écriture habituelle de messagerie."
20h02, achat avec la carte bancaire d'Agnès au Carrefour Market du rond-point de Vannes. Les achats effectués concernent des denrées alimentaires, des melons, du Coca Cola, de la bière Desperado, une bouteille de Ricard, une bouteille de Bourgogne Nuit Saint Georges, du jambon cru, un steack extra tendre, du Roquefort, du papier toilette Lotus et un produit nettoyant ménager de marque Vigor.
20h09, le répondeur d’Anne est consulté pour la deuxième fois de la soirée, le téléphone activant une borne au 101 rue de la Gaudinière à Nantes. Cette antenne relais se trouve à 810m au nord-ouest du 55 bd Schuman, et c'est celle qui est le plus souvent activée par les téléphones depuis le domicile. Elle se trouve à 1150m au nord du Carrefour Market, où l'on vient de faire des courses avec la carte bancaire d’Agnès, 7 minutes plus tôt. Il y a d'autres cellules plus proches de cette adresse. Le délai parait un peu juste pour sortir du magasin, déposer les courses dans la voiture, revenir pour se stationner près du domicile, rentrer dans la maison et consulter la messagerie sur le téléphone d'Anne.
20h56, Emmanuel appelle Xavier. La teneur de la conversion a été rapportée quelques instants plus tard par Xavier dans un mail à leurs amis communs : "Voici donc ce qu'il m'a dit, presque textuellement : (…) je crois que j'ai un sérieux problème de santé, mais, comme tu me connais, tu sais que je n'ai pas envie de faire face, de me renseigner et de savoir la vérité. (…) De toute façon, j'ai à la maison de quoi me faire péter le caisson si besoin est … Et cette fois j'y pense, sérieusement. Pourrais-tu passer une semaine chez moi pour tout ranger et vider : je veux avoir une maison propre et vide … et n'ai pas la force de vider les placards … Je te paierai ce que tu gagnes sur la route en une semaine de boulot."
Vers 21h00, Thomas passe par l’université d'Angers, où il a un rendez-vous avec un ami. Ce dernier témoigne en avril 2011 : "C'était le mardi 5 avril 2011, à 20h54, selon mon journal d'appel de mon tel, qu'il m'a bipé pour venir me rejoindre devant la Chapelle Saint Thomas qu'il y a juste à côté de notre université. (…) Il m'a dit qu'il devait retourner sur Nantes, sa maman avait été renversée par une voiture. Mais il me l'avait dit avant au téléphone, pour qu'on se rejoigne à l'université, il devait avant passer chez un copain pour manger."
21h03, Thomas reçoit un SMS émis par le téléphone d'Agnès, qu'il avait essayé de joindre à 19h45. A cet instant précis, Xavier est au téléphone avec Emmanuel.
21h15, Xavier raccroche de sa conversation avec Emmanuel. Il rédige dans la foulée un mail commun à quatre amis qui connaissent bien Emmanuel : "Manu m'a demandé le secret, en me disant qu'il n'y avait qu'à moi qu’il révélait ce qu'il ma dit à l'instant même au téléphone … mais je préfère continuer à vous tenir au courant." Xavier raconte alors la conversation dans les termes ci-dessus. "Voilà … et il n'avait manifestement pas bu (depuis hier d'après lui). Qu'en pensez-vous ? Pour moi, c'est alarmant." Le mail de Xavier est envoyé à 21h41.
Vers 22h10, Thomas appelle son ami Mathieu, chez qui il était le matin, et lui apprend que sa mère a eu un accident de vélo, qu’il devait retourner à Nantes et qu’il ferait son possible pour être là le lendemain. Thomas racontant cela "d'une façon comme quoi ce n'était pas grave", Mathieu ne s'inquiète pas.
22h19, la ligne de Thomas active une cellule téléphonique à proximité de la gare d’Angers. Entre 22h23 et 22h26, il échange trois SMS avec Xavier.
22h38, SMS sortant du téléphone d’Anne vers un ami.
Vers 22h45, Thomas demande par sms à plusieurs amis de prévenir ses professeurs de son absence le lendemain, en invoquant l'accident de sa mère. A un ami qui lui demande si ce n'est pas trop grave, Thomas répond aussitôt que ça devrait aller, sa mère s'est réveillée de son petit coma.
23h02, dernière publication de Thomas sur son mur Facebook : "I'm busy getting stronger" (paroles de la chanson "A Little Bit Stronger" de Sara Evans, sortie en septembre 2010).
23h08, les deux téléphones de Xavier et de Thomas activent le relais de la gare nord de Nantes. Xavier appelle Thomas pour le retrouver à la gare.
23h42, Thomas est arrivé au domicile du 55 Bd Schumann (sa ligne active une borne proche).
Mercredi 6 avril 2011 :
Entre 00h02 et 00h06, Thomas échange plusieurs SMS avec ses amis. A 00h03 mn, il écrit à l'un d'eux : "Alors tu joues toujours, moi je regarde midnight express avec mon père." Le DVD a bien été retrouvé dans le salon le 20 avril.
02h14, Xavier rédige une réponse à la réaction de l'un des quatre amis qu'il a alerté au sujet d'Emmanuel. Il termine ainsi : "De mon côté, il va y avoir un changement de vie mais tu en sauras plus prochainement: Je viens de l'apprendre et tu en as la primeur, même si je n'ai pas le temps de t'en dire plus tout de suite. J'en parle demain à Manu. Amitiés, Xavier."
02h36, retrait de 300€ au DAB LCL du 62 bd Robert Schumann, à 100m de la maison.
Le matin, un peu avant 9h00, deux amies d'Anne passent devant la maison et remarquent que les volets d'Anne sont fermés, contrairement à son habitude. Elles ont l'habitude de se donner rendez-vous pour aller à l'école ensemble. A midi, elles décident de repasser devant la maison : un petit mot a été scotché sur la porte entretemps : "un petit papier bleu, c'était écrit en noir "ne pas sonner, nous sommes tous malades". Il y avait même un "petit smiley." Pour elles, il s'agissait de l'écriture et du style d'Agnès, en particulier le smiley, caractéristique de ses petits mots écrits.
Les courriers aux écoles et logeurs annonçant le départ de toute la famille sont datés de ce jour. L'introduction est commune : "Ayant été muté de toute urgence en Australie, dans le cadre de mon activité professionnelle, et étant parti avec mon épouse et mes enfants, je vous informe que ...".
13h15, SMS sortant du téléphone d’Anne vers l'un de ses amis. Le destinataire appellera la police le 22 avril, disant avoir reçu plusieurs SMS d'Anne, l'un expliquant qu'elle ne pouvait plus communiquer, étant privée d'ordinateur et de téléphone. Le dernier, datant du 6 avril, disait qu'elle était malade. Le 24 avril, il confirmera ces informations aux journalistes de France 2 en leur montrant son téléphone portable : "il y a plein de sms dessus, elle n'avait plus le droit de toucher à l'ordinateur, ni au téléphone, et puis voilà... enfin qu'elle en était privée, et qu'elle était malade, aussi..." (Archive INA : Extrait du journal de 20 heures de France 2, 24 avril 2011).
14h11, SMS émis depuis la ligne de Thomas, c'est une réponse à une amie qui s'inquiète pour Agnès : "Ma mère va mieux. Pas moi. Je me couche. Serai pas là avant vendredi."
14h47, consultation de la messagerie du téléphone d'Agnès pendant 141 secondes.
17h54, Xavier fait un appoint d'essence pour la Xantia dans la station AVIA située route de Rennes, qu'il règle en carte bancaire au guichet. D'après le témoignage du caissier, Xavier a acheté une boisson et en a proposé une à une personne qui l'accompagnait et qui était resté à l'extérieur de la boutique. Les caméras de surveillance de la station service étant hors service ce jour-là, la police n'a malheureusement pas pu identifier la personne accompagnant Xavier. A 18h00 Xavier effectue un retrait d'espèces au distributeur du CIC, non loin de la station AVIA.
21h45, Xavier reçoit un appel de Michel, pour une conversation de 25 minutes.
Jeudi 7 avril 2011 :
Vers 00h30, Xavier envoie un email à la personne à qui il propose de donner ses sites internet. Il lui demande de répondre très vite car "je change de vie et je pars enfin m'installer aux USA avec ma famille", lui explique-t-il.
A 01h17 la ligne de Xavier active une borne proche du 55 Bd Schumann. Peu de temps après, à 01h23, elle active une borne au 77, rue du Port Boyer, à 2,25km du domicile. Les enquêteurs ne concluent pas à un déplacement, un téléphone ne sélectionnant pas automatiquement l'antenne la plus proche en ligne droite, mais celle qui offre la meilleure qualité de liaison radio à l'instant T.
Avant 08h00, les deux amies d’Anne, repassent devant la maison du 55 bd Schuman. Elles remarquent cette fois "qu'il n'y avait plus de boite aux lettres, à droite, alors que la veille, elle y était encore. Le mot scotché sur la porte avait été enlevé et à la place de la boite aux lettres, était apposé un mot disant de faire suivre le courrier."
08h30, avec l'ami qui a réagi, Xavier poursuit la conversation par email au sujet d'Emmanuel : "Je te transfère le dernier mail de Manu, afin que tu puisses juger du ton employé et de son humeur".
08h53, la petite amie d'Arthur, inquiète de ne pas avoir de ses nouvelles d’Arthur, envoie un SMS à Agnès. Elle reçoit une réponse à 09h40, un échange de trois SMS a lieu jusqu'à 10h05, selon le relevé de téléphonie : "La mère d'Arthur m'a répondu par texto qu'il ne fallait pas que je m'inquiète parce qu'Arthur était avec son père à Versailles pour un déménagement. Je n'ai pas réfléchi de suite parce que c'était un message de sa mère mais ça m'a paru bizarre parce que connaissant Mme de Ligonnès, elle n'aurait jamais laissé ses enfants ne pas aller à l'école. C'était le jeudi 7 avril 2011. Dans son texto, elle disait qu'il allait rentrer bientôt."
Ce même jour, le secrétariat du Lycée Saint-Gabriel à Saint-Laurent-sur-Sèvres reçoit une lettre signée de Xavier, rédigée et postée la veille : "Nantes le 6 Avril 2011. Madame, Monsieur. Ayant été muté de toute urgence en Australie dans le cadre de mon activité professionnelle, et étant parti avec mon épouse et mes enfants, je vous informe que notre fils Arthur ne se rendra plus en cours. Merci d'adresser le montant du solde à régler à notre adresse : vous recevrez le règlement par retour de courrier. Salutations distinguées." Les autres établissements et l'employeur d'Agnès recevront dans les jours qui suivront un courrier identique, avec la même excuse d'une mutation en urgence en Australie, tous ayant été rédigé le 6 avril, selon la date indiquée.
Entre 10h30 et 11h00, Xavier échange des mails avec la personne à laquelle il vient de donner ses sites internet.
Entre 11h43 et 11h45, conversation SMS entre le téléphone de Thomas et une amie : "A 11h43, j'ai reçu un message de sa part "A la masse. Naze. Je dors tout le temps" Je lui ai envoyé un SMS en demandant ce qu'il avait. J'ai reçu le même jour à 11h45 le message suivant "Grippe gastro". C'est le dernier message que j'ai reçu. Ces deux messages m'ont paru un peu bizarre, car ils étaient un peu secs, Thomas n'a pas l'habitude de faire des messages aussi court. De plus Thomas est très souvent connecté sur Internet et là il n'y a pas été une seule fois."
Fin de matinée ce jour là ? Témoignage d'une amie d'Agnès : "Je ne sais plus quand je l'ai vue très exactement. La disparition de la famille n'était pas encore annoncée dans la presse mais mes enfants m'en avaient parlé. C’est ce que l'on disait à l'école. Je leur avais dit de se méfier des ragots car j'avais vu peu de temps auparavant Agnès dans la rue promener son chien. Nous avions parlé ensemble, c'était en fin de matinée devant la station-service près de chez elle. Elle avait l'air normal et nous avions échangé des banalités sur les enfants que je gardais. Je pense que j'ai vu Agnès une semaine avant que l'on annonce la découverte des corps."
13h12, Xavier répond à un email de Michel, qui lui parle d’une ancienne amie texane : "Plus de news depuis longtemps, mais c'est marrant que tu m'envoies ces souvenirs aujourd'hui, car j'aurais peut-être bientôt de ses nouvelles … Je te raconterai si cela se fait."
Entre 13h52 à 13h56, plusieurs SMS sont envoyés depuis le téléphone d'Anne vers trois de ses amies. Les excuses données pour l'absence d'Anne sont temporaires, elle est malade.
14h45, une femme, connaissant Agnès, l'aperçoit devant son domicile, à côté de sa Golf cabriolet. Surprise par l'annonce des dates de décès, elle appelle la police le 23 avril, puis est convoquée le 29 pour témoigner : "J'ai appelé le numéro d'appel à témoin pour signaler que j'avais vu Agnès Dupont de Ligonnès le jeudi 07 avril 2011 à 14h45, devant son domicile, à côté de son véhicule Golf cabriolet, côté trottoir ; elle refermait la capote de son véhicule. J'emprunte le boulevard Schumann presque tous les jeudis à la même heure pour me rendre à mon cours de yoga. Je pense qu'il s'agissait du 07 avril car les deux jeudis suivants, je n'ai pas emprunté le boulevard Schumann pour aller à mon cours. En y réfléchissant et en entendant les conclusions des autopsies dans les médias indiquant que les meurtres auraient eu lieu début avril, j'y ai repensé et j'ai regardé la météo sur internet. Le jeudi précédent, le 31 mars, il était mentionné que c'était nuageux et ensoleillé le matin, et couvert l'après-midi, je ne me souviens plus de la température ; mais pour le jeudi 07 avril, il faisait très chaud j'en suis sûre, je m'en souviens : j'ai mis la climatisation dans mon véhicule. Au vu de ces éléments, cela me conforte dans l'idée d'avoir vu Agnès Dupont de Ligonnès le jeudi 07 avril 2011 à 14h45." La police lui demandant d'envisager si ça ne pouvait pas plutôt être le 31 mars, le temps se couvrant, Agnès aurait alors fermé sa capote, cette personne répond qu'elle y a déjà pensé mais qu'elle reste sur son premier sentiment : pour elle c'est le 7 avril qu'elle se rappelle avoir vue Agnès.
Entre 16h00 et 17h00, Xavier est vu par deux de ses voisins faire plusieurs allers et retours avec des cabas de la maison vers la voiture, mais il ne s’agissait pas de sacs à gravats, selon eux : "Pour moi, il ne s'agissait que de sacs de type cabas tels que l'on peut en acheter chez U. (...) Il ressortait de chez lui et allait à sa voiture. (...) Pour moi, les sacs étaient assez légers car ils n’avaient pas l'air d'avoir de peine à les porter et il portait les sacs deux par deux, un dans chaque main."
A 16h20 puis 16h21, deux amies d'Anne reçoivent successivement un SMS depuis son téléphone. Le message est le suivant : "je suis malade, ne comptez pas sur moi avant plusieurs jours". Ce faisant le téléphone active une borne proche du domicile.
A ce moment précis, Xavier est dans la rue, près de chez lui, filmé par les caméras de surveillance du bureau de Poste, au 52 bd Schuman. A 16h22, on le voit passant sur le trottoir devant l'entrée du bureau, se dirigeant vers le distributeur de billet, où il retire en effet 300 euros, le retrait est enregistré à la même heure sur le relevé bancaire. Une minute plus tard Xavier est de nouveau filmé par les caméras de surveillance, entrant dans la Poste pour aller au guichet : il est souriant, décontracté, et discute avec la personne au guichet où il achète des timbres.
Vers 17h00 ce jour-là (ou bien la veille ou le lendemain), Agnès aurait été vue dans un commerce de la rue du Petit Port : "J'ai vu Agnès pour la dernière fois entre le 6 et le 8 avril 2011, car les 4 et 5 avril je n'étais pas au magasin. Elle est venue au magasin me voir, elle n'a rien acheté, elle voulait me parler. C'était l'après-midi vers 17 heures, il y avait beaucoup de monde, elle a attendu cinq minutes, elle est partie en me disant : ce n’est pas grave, je vais repasser."
En fin d'après midi, Agnès, tenant en laisse l'un des ses chiens , aurait discuté quelques minutes avec sa voisine commerçante : Le 23 avril 2011, après les annonces des dates des décès, elle réagit au micro de RTL : "J’étais quasiment persuadée de l’avoir vue le jeudi 7, au soir. Parce que je sais que je n’avais pas beaucoup de temps pour parler avec elle, parce que le jeudi soir je récupère mon fils chez la nourrice, donc j’ai un temps limité. (…) Et quand la police m’a dit non… ils m’ont mis le doute ! (…) Et là j’ai rencontré des gens qui me certifient eux aussi l’avoir le 7. (…) Je ne suis pas folle : je l’ai bien vue le 7." (RTL, Patrice Gabard, "Exclu RTL : une autre riveraine a vu Agnès le 5 avril", 23/04/2011 - 16h30).
En novembre 2011, interrogée par le JDD, elle maintient son témoignage : "Le 7 avril, j’ai vu Agnès promener son chien. On a parlé un peu. Puis j’ai écourté car j’avais un rendez-vous impératif." Lors de son audition, les policiers ne l’ont pas crue : "Ils m’ont répondu : ce n’est pas possible. Ils ont attrapé un calendrier et dit que cela devait être huit jours plus tôt. J’ai signé sans relire le PV." (JDD, Marie Quenet, "Contre-enquête sur l’énigme Ligonnès", 06/11/2011).
19h57, SMS sortant du téléphone d'Agnès, à destination de son employeur, le directeur de l'école Blanche de Castille. Le message indique qu'elle ne reprendra pas le travail dans l'immédiat, devant se faire hospitaliser, et qu'il qu’il ne fallait plus tenter de la joindre sur ce numéro. Il n'est pas question d'un départ pour l'Australie. Le destinataire ne prendra connaissance de ce SMS que le lendemain matin, puis recevra le 11 avril un courrier daté du 8 annonçant le départ de la famille pour l'Australie.
20h16, Xavier envoie un mail à son beau-frère : "Salut Bertram, désolé de t'avoir raté à Versailles pendant ton court séjour ! Pour info, je te mets en copie ci-dessous mes échanges avec l'agence qui louait l'appartement à Papa. C'est Christine et Maman qui doivent se charger de tout (heureusement, il n'y a pas grand-chose, et tu es là pour les aider, merci)"
20h20, Xavier répond à un SMS de Christine : "Été ici aussi ! T’ai posté derniers papiers papa et ai envoyé en copie à Bertram mon mail à l’agence pour que la caution soit envoyée à Maman. Kiss."
20h49, dernier SMS émis par Thomas, localisé au 101 rue de la Gaudinière à Nantes. "Tain plus de batterie. Mon père doit aller chercher mon chargeur." Son interlocuteur s'étonne du style très inhabituel de Thomas, et du fait que son père veuille bien se déplacer à Angers pour cela.
21h10, Xavier envoie un SMS à Emmanuel Teneur.
21h23, le téléphone de Xavier active de nouveau la borne du 77 rue du Port Boyer à Nantes. Xavier est vraisemblablement au 55 bd Schuman, si l'on en croit ses autres bornages, ses connexions internet et ses correspondances email.
21h46, Xavier écrit encore à l'ami à qui il vient de laisser ses sites : "Bon alors voilà en pièce jointe le document qui t'explique tout au sujet des sites. (...). Michel ne vient pas avec moi, il ne sait pas encore que je pars. Il le saura bientôt et pourra t'expliquer comment et pourquoi nous partons nous installer là-bas. (...) Je ne peux rien te dire de plus ce soir, mais c'est une histoire peu banale (qui a un rapport avec l'époque où nous étions en Floride en 2003). Bonne chance vieux brigand."
Vendredi 8 avril 2011 :
11h03, Xavier écrit encore un email à la personne à qui il a cédé ses sites, au sujet des adresses email qu'il souhaite conserver pour son usage : "Comme ça tu ne recevras que ce qui te concerne. Et moi je pourrai toujours recevoir les mails des banques etc... et répondre des USA."
11h22 à 11h27, Xavier est enregistré sur la vidéosurveillance de l'agence de la Banque Populaire du Rond-Point de Rennes. Xavier se présente dans un premier temps au guichet où il est reçu par une employée. Il sort des espèces de son portefeuille pour les mettre dans une enveloppe de dépôt. Il semble détendu, et plaisante avec l'employée. Ensuite, il se dirige aux distributeurs automatiques, et dépose l'enveloppe contenant les espèces dans l'automate prévu à cet effet.
12h43, Xavier se connecte et intervient pour la dernière fois sur le forum cité catholique pour discuter de la généalogie du Christ.
La lettre commune, adressée à la famille et aux amis proches, est datée de ce jour. En en-tête, Xavier demande explicitement à certains destinataires, qui ne se connaissent pas, de se mettre en relation.
Puis vient l'annonce : "Mega surprise : nous sommes partis en urgence aux USA, dans des circonstances très particulières que nous vous expliquons ci-dessous. (...) Voici l'histoire (du moins ce que nous sommes autorisés à vous en dire). (...) Lorsque nous avons créé notre société à Miami en 2003, nous avons été mis en contact (...) avec la DEA. (...) Après avoir été testé et briefé, j'ai donc accepté de travailler incognito pour la DEA avec obligation de garder le secret . (...) Depuis quelques temps, certains indices faisaient penser que j'avais été repéré. Et, malheureusement, nous en avons eu la confirmation hier. (...) Ayant accepté dès le début de pouvoir bénéficier, par la DEA, du programme fédéral de protection des témoins, nous sommes tenus aujourd'hui de respecter nos engagements. (...) Nous sommes donc pris en charge par le Gouvernement Américain et "transférés" aux USA, sous une nouvelle identité qui doit, bien évidemment, rester secrète. Quand vous lirez ce courrier, nous "n'existerons plus" officiellement, en tant que Français !"
Cette dernière affirmation s'est vérifiée, pour cinq personnes sur six, en même temps que la découverte des corps réduisait à néant le crédit que l'on pouvait apporter à cette lettre étrange : sur la base des éléments de l'enquête de police, les décès d'Agnès, d'Arthur, de Thomas, d'Anne et de Benoît ont été datés entre le 3 et le 6 avril, donc avant que les destinataires lisent ce courrier.
Dans la suite de la lettre, éparpillées parmi les instructions données aux destinataires qui sont invités à venir récupérer des affaires ou ranger la maison, on trouve quelques informations qui renforceront, a posteriori, la caducité de ce courrier, en même temps que le faisceau de présomptions graves et concordantes qui accusent son rédacteur :
- "Obligation de donner les chiens : heureusement, une personne a pris les deux (ils ne seront donc pas séparés.)" Les deux chiens seront retrouvés ensemble, ensevelis dans la grande fosse.
- "Nota : la C5 étant invendable, elle a été refilée pour pièces au père d'un ami d'Arthur." C'est au volant de ce véhicule que Xavier quittera Nantes le 10 avril, pour son périple jusqu'à Roquebrune-sur-Argens, balisé par ses paiements et retraits d'argent en carte bancaire. La C5 sera retrouvé par la police le soir du 21 avril, sur le parking de l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens, dont les caméras de surveillance fourniront la dernière image que l'on ait de lui, le 15 avril : Xavier quitte ce parking à pied, une housse de costume au bras qui, selon l'interprétation de certains policiers, pourrait contenir la carabine 22 Long Rifle.
- "PS : inutile de s'occuper (...) des gravats et autre bazars entassés sous la terrasse, au fond du jardin, et dans la cave : c'était là quand nous sommes arrivés ici." C'est sous ce balcon terrasse, de part et d'autre de l'entrée de la cave, que les corps ont été ensevelis. Et c'est au fond du jardin que l'excédent de terre, mêlé de gravats, sera retrouvé par les policiers.
Cette lettre se termine en précisant que la version officielle donnée aux écoles, employeurs et logeurs est que toute la famille est partie pour l'Australie, pour raisons professionelles.
La lettre rédigée à l’attention de l'employeur d'Agnès, le directeur de l'école Blanche de Castille, est également datée de ce jour. Xavier a signé à la place d’Agnès, sans chercher à imiter sa signature. La lettre est postée le lendemain 9 avril, selon le cachet de la poste, et reçue le lundi 11.
12h48, Tommy, ami d’Arthur du lycée Saint-Gabriel, se décide à contacter Agnès, dont il a le numéro, cette dernière ayant pris l'habitude de le contacter lorsqu'Arthur ne lui répondait pas. Il envoie le SMS suivant : "Bonjour Madame, c'est Tommy! Désolé de vous déranger: On est sans nouvelles d'Arthur et on commence tous à s'inquiéter... Avez-vous des nouvelles de lui? Merci bonne journée".
13h17, réponse en SMS : "Bonjour Tomy. Pas d'inquiétude. Art est parti avec son père dans la région parisienne pour aider à un déménagement. Il a oublié son portable et mon mari a oublié son chargeur. Seul Laure est au courant. Pour St Gab. on a dit qu'il avait fait une chute de scooter. Il rentre samedi pour essayer d'aller à la pizzeria. Bonne journée ;)"
13h18, Tommy répond dans la foulée : "Très bien! Ça nous soulage! Merci beaucoup! Pourriez-vous lui dire qu'il appelle Charlotte C. à son retour car je crois qu'elle a des pistes pour son stage!"
13h22, Tommy reçoit une dernière réponse : "Ok je lui dis". Ce sera le dernier SMS envoyé avec le téléphone d’Agnès. Pendant toute cette conversation SMS, le téléphone active la borne du 101 rue de la Gaudinière à Nantes.
Il n'est pas question d'un départ pour l'Australie dans ces SMS alors que le secrétariat du lycée Saint-Gabriel a reçu la veille une lettre annonçant un départ pour l'Australie. Lorsque les enquêteurs lui demanderont son avis sur l'auteur de ces SMS, Tommy répondra : "Vous pouvez constater que la personne qui écrit ce message, et cela m'est déjà arrivé avec la mère d'Arthur, emploie ce qu'on appelle un smiley, c'est-à-dire " ;) ". C'est la raison pour laquelle je pense vraiment que ce message vient de la mère d'Arthur car elle avait déjà employé des smiley dans des messages qu'elle m'avait déjà envoyés certaines fois." En 2011, l'emploi de smileys n'était pas encore généralisé chez les adultes.
17h59, Xavier envoie un dernier SMS à Emmanuel : "Merde. Pb de chargeur de tel. Suis en route mais plus de pile. À demain au tel. Ou sur mail plus tard. Kiss."
18h11, Xavier envoie un email à la société qui l’employait en tant que visiteur hôtelier (client mystère) : "Nouvelle : nous partons nous installer en Australie ! Je ne pourrai donc plus continuer à collaborer avec vous… Olivier, Nathalie, Marion (et toutes les autres) je vous dis au revoir. Je passerai vous dire un petit bonjour lorsque je serai de passage à Versailles…"
Vers 18h15, Xavier quitte Nantes pour Angers.
Entre 19h00 et 20h30, un étudiant logeant au foyer Saint-Aubin entend des bruits sourds. Il regarde par la fenêtre et aperçoit un homme déménager la chambre de Thomas par la fenêtre (la chambre de Thomas est au rez-de-chaussée). Il jetait depuis l’intérieur des caisses en plastique translucide et des sacs contenant des vêtements et des objets. Cinq minutes après, cet homme a fait des allées et venues entre le parking et le bas de la fenêtre de la chambre de Thomas pour charger les caisses et les sacs dans une voiture. "Son attitude ne m'a pas parue suspecte, il faisait cela de jour, à visage découvert, sans se presser. Lorsqu'il marchait, il était fixé sur ce qu'il faisait, il ne regardait pas autour pour voir si on le regardait. Il ne m'a pas vu." Il reconnait Xavier sur photo, sans être sûr à 100%.
21h33 : Xavier répond au mail de Bertram qui lui demande des nouvelles de toute la famille : « Tout va bien Bertram, tu auras bientôt des nouvelles plus longues par Christine. A plus. Amicalement, Xavier ».
Samedi 9 avril 2011 :
Les exemplaires de la lettre commune adressée aux proches sont postés de Nantes, à l'exception de deux, dont celui d'Emmanuel, qui ont déjà été postés la veille.
12h30, une voisine commerçante rencontre Xavier qui sort de la maison pour aller vers sa voiture : "Le samedi 9 avril 2011 à 12h30, à la fermeture de ma boutique, j’ai croisé sur l’avenue, M. de Ligonnès. Ce dernier avait stationné son véhicule C5 bleu de l’autre côté de l’avenue face à leur pavillon, près de l’arrêt d’autobus Américains. J’ai traversé le boulevard et j’ai salué M. de Ligonnès. Ce dernier m’a répondu et j’ai relevé qu’il tenait dans ses mains une bouteille d’alcool blanc avec une étiquette jaune. (...) Il quittait la maison, je l’ai vu partir avec ses affaires. Il n’était pas triste. Il n’était pas du tout triste. Il m’a dit "Bon weekend !" (…) C’est la dernière fois que je l’ai vu."
Dans l'après-midi, en rentrant d'un pique-nique sur les bords de l'Erdre, Emmanuel découvre le courrier de Xavier dans sa boîte aux lettres qui contient la lettre commune et un mot personnel. Le double des clés de son propre appartement, confié à Xavier quelques années auparavant, a également été déposé dans sa boîte aux lettres. Emmanuel décide de se rendre au 55 bd Schuman où il constate que les clés ne sont pas dans l’armoire extérieure du compteur EDF, contrairement à ce qui était précisé dans la lettre commune. A la place, un mot manuscrit à son intention indique que les clés seront placées dans la nuit du dimanche 10 au lundi 11 avril.
Entre 13h30 et 15h00, un étudiant croise Xavier dans les couloirs au foyer St Aubin, en train de déménager la chambre de Thomas : "Je me suis donc souvenu avoir vu (...) une personne sortant de la chambre de Thomas, portant trois guitares et deux sacs en plastique. Je me suis souvenu de cela en situant cet épisode en fin de semaine, entre 12 et 15 heures. (…) Je lui ai tenu la porte du couloir, puis le portail donnant sur la rue piétonne, rue Donnadieu de Puycharic car il était chargé et il me semble me souvenir qu'il m'a dit « Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour ses enfants »".
17h15, Xavier paie un repas au restaurant Buffalo Grill de Cholet. Lors de l'enquête, il est reconnu par le personnel qui précise qu'il semblait assez pressé et avait un gros livre avec lui.
De 18h55 à 19h27, la ligne de la clé 3G mobile de Xavier active une cellule située à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Il passe une partie de la soirée dans la maisonnette que louait Arthur chez l'habitant, non loin de son lycée, et rentre à Nantes après 21h00.
Dimanche 10 avril 2011 :
Vers 07h00, Xavier quitte définitivement le domicile de Nantes, au volant de la C5. Les clés sont déposées dans l’armoire EDF, une journée plus tôt par rapport au planning annoncé sur le petit mot manuscrit trouvé par Emmanuel la veille. Xavier laisse cette fois un mot imprimé avec les clés, à destination de ceux qui sont invités à venir récupérer des affaires, ranger ou nettoyer : "Certaines clés ne marchent pas bien, et il faut bidouiller pour ouvrir. Laissez toujours un jeu dans la planque, pour que d'autres puissent entrer".
08h00, Xavier arrive à Angers. La C5 est flashée par l'arrière à Angers sur la D523, au pied du château, dans le sens Nantes vers Angers, à la vitesse de 80 km/h au lieu de 70 km/h.
Entre 08h10 à 09h00, Xavier passe pour la dernière fois par la chambre de Thomas au foyer Saint-Aubin, où il laisse une lettre pour le gérant. Il quitte Angers vers 09h00.
09h26, le téléphone de Xavier active des bornes à Mozé-sur-Louet et à Beaulieu-sur Layon, dans le Maine-et-Loire, sur le trajet de l’A87 entre Angers et Cholet. Il consulte sa messagerie à 09h29 puis éteint son téléphone.
Xavier arrive vers 10h00 au logement d'Arthur à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Entre 10h50 à 10h57, il se connecte avec sa clé 3G pour consulter des fils de discussion du forum La Cité Catholique, notamment les thèmes Intentions de prières, Le Christianisme "pour les nuls"!, Théologie et Écriture Sainte.
Vers 13h15, Xavier se présente pour déjeuner au restaurant le Tisonnier à Mauléon. A 13h49, il règle son repas avec sa carte bancaire. La gérante de l’établissement reconnait Xavier sur photos, et déclare se souvenir qu'il a posé un gros livre sur sa table, qu'il a consulté à plusieurs reprises tout en regardant la télévision du restaurant, en face de lui. Xavier était posé et détendu mais a simplement précisé qu'il était pressé, et a déjeuné en trente minutes maximum.
Vers 17h00, Emmanuel se rend au 55 bd Schuman et découvre les jeux de clés laissés dans l’armoire EDF extérieure, ainsi que le mot imprimé recommandant de toujours laisser au moins un jeu de clé dans la cachette pour que d'autres personnes puissent entrer. Emmanuel ouvre et rentre dans la maison, dans laquelle il ne trouve rien d’anormal, hormis les affaires rassemblées et destinées à être emportées ou jetées. Il récupère un dossier à son intention, avec le mot suivant : "Emmanuel. Voici les différents dossiers pour les résiliations. Les deux plus embêtants sont Bouygues et la machine "anti-apnées du sommeil", car il faut demander comment rendre le matériel. Le plus urgent est la mutuelle Harmonie Atlantique car elle coûte cher chaque mois. Merci de t'occuper de tout ça. Quand [d'autres destinataires de la lettre] auront vidé la maison, pourras-tu trouver une femme de ménage : Je laisse 50 € dans une enveloppe pour la payer. Il ne s'agit pas de nettoyer à fond mais de passer un coup d'aspirateur dans chaque pièce. De toute façon la caution sera maigre, s'il y en a une à récupérer."
En sortant, Emmanuel tombe sur un ami de Thomas qui n'a plus de nouvelles de lui et vient voir sur place pour chercher une explication.
Dans l'après-midi, la petite amie d'Arthur, très inquiète de n'avoir plus aucune nouvelle, sonne chez les voisins pour leur demander s'ils sont au courant de quelque chose.
Entre 14h00 et 20h00, Xavier est occupé à ranger et vider le logement d’Arthur. Des affaires de Thomas seront retrouvées le lendemain, juste à côté, dans les bennes du lycée d’Arthur. Xavier laisse également laissé une enveloppe à l’attention du propriétaire, pour la résiliation du loyer. La propriétaire d'Arthur trouvera cette lettre en présence des policiers, lors de la perquisition faite le 21 avril.
20h53, règlement d'un péage Autoroute du Sud avec la carte de Xavier. Il s'agit vraisemblablement du péage de Sainte-Hermine, en Vendée, qui permet de sortir de l’A83 pour aller vers la Rochelle via la D137, la route la plus directe.
Vers 21h45, Xavier arrive à l’hôtel Le Beaulieu à Puilboreau, près de La Rochelle, où il aurait été localisé grâce à l’adresse IP de son ordinateur. La personne qui était à l'accueil n'a aucun souvenir particulier. Selon lui, Xavier est arrivé entre 20h30 et 22h00, a réglé en espèces, pris une chambre sous le nom de "Xavier Ligonne", et est reparti le lendemain matin.
A 22h00, via le wifi de l’hôtel, Xavier se connecte sur le forum Cité Catholique. La connexion dure moins de deux minutes : il accède à un fil de discussion particulier, comme à son habitude, en recherchant un terme sur Google, "vêtement des prêtres pour la messe". Il revient sur le forum de 23h53 à 23h56, cette fois via sa clé 3G, pour consulter les dernières publications des participants du forum dans une discussion sur l’Assomption de Marie, dans le thème théologie.
Lundi 11 avril 2011 :
Le matin, entre 08h54 et 08h58, après son petit déjeuner, Xavier se connecte à nouveau avec sa clé 3G sur le forum Cité Catholique. Il consulte la page des nouvelles publications, ce qui l’amène sur deux discussions : "Dieu amour ou Dieu tentateur" dans le thème christianisme pour les nuls et "science et christianisme : la nouvelle alliance", en apologétique.
Vers 09h10, Xavier quitte l'agglomération de La Rochelle en direction de Rochefort. A 09h48, Xavier rallume son téléphone mobile pour consulter sa messagerie vocale, il est alors localisé à Rochefort. A 09h53, son téléphone active une borne à Echillais, au sud de Rochefort. Il ne prend donc pas l’autoroute A10 vers Toulouse, mais la D733 en direction de Royan.
En fin de matinée, à Saint-Laurent-sur-Sèvres, le personnel du lycée Saint-Gabriel découvre dans une benne à ordures de l'établissement une valise avec des vêtements, une couette et un agenda, ce dernier étant au nom de Thomas de Ligonnès.
A l'exception du lycée Saint-Gabriel qui a reçu le sien dès le 7 avril, les établissements et logeurs des enfants reçoivent ce lundi 11 avril un courrier de Xavier avec cette phrase en introduction pour expliquer l'absence définitive des enfants : "Ayant été muté en urgence en Australie dans le cadre de mon activité professionnelle, et étant parti avec mon épouse et mes enfants, je vous informe que...".
L’établissement Blanche de Castille reçoit un courrier à l'entête d'Agnès de Ligonnès, signé et daté du 8 avril 2011. Le courrier a été posté le 9 avril selon le cachet de la poste et est adressé au directeur. "Nantes le 8 Avril 2011. Monsieur, mon mari ayant été muté en Australie dans le cadre de son activité professionnelle, et étant partie précipitamment avec lui et mes enfants, je vous informe que je ne pourrai continuer à assurer mes fonctions. Je vous présente donc ma démission, en regrettant de n'avoir pu vous prévenir à l'avance. Je renonce par la présente à toute indemnité. Je vous adresse, Monsieur, mes salutations distinguées, A. de Ligonnès". Le texte est un copié-collé des courriers de Xavier aux établissements des enfants et la signature ne ressemble pas à celle d'Agnès, c'est l'écriture de Xavier, sans tentative aucune d'imitation.
Une dizaine de proches reçoit ce jour-là la lettre annonçant l'exfiltration de la famille.
Dans l'après-midi, Emmanuel retourne au boulevard Schuman, mais cette fois il se fait accompagner par un ami de Xavier, qui témoigne : "J'ai appris par Emmanuel, ami d'enfance de Xavier, qu'il avait reçu un courrier de Xavier le samedi 9 avril 2011 annonçant son départ pour l'étranger. (...) Le lundi 11 avril 2011, Emmanuel m'a montré le courrier avec toutes les interrogations qui en découlent. Puis nous sommes allés voir la maison de Xavier. J'ai fait le tour complet des pièces. (...). Je n'ai rien constaté d'anormal, hormis qu'il n'y avait plus de draps, ni de vêtements. (...) Tout correspondait au courrier."
Une amie d'Anne appelle celle-ci sur son téléphone et tombe sur la messagerie : elle est surprise d'entendre sur le répondeur d'Anne la voix d'Agnès, "toute guillerette". Les dernières consultations du répondeur d'Anne ont été faites à 18h53 et 20h09, le 5 avril.
17h22, la clé 3G de Xavier active une borne à Fenouillet, au nord de Toulouse.
18h34, règlement d'une chambre en carte bancaire à l’hôtel Première Classe à Blagnac, en bordure de l’autoroute A62, près de l’aéroport de Toulouse. Le nom enregistré est Xavier Ligonne, comme la veille à La Rochelle. Le responsable n'a rien de particulier à signaler : "Je n'ai pas le souvenir d'un client ayant un comportement étrange. La réservation et le paiement s'étant réalisés simultanément, je n'ai rencontré aucun problème particulier avec ce client."
De 19h02 à 19h04, Xavier se connecte sur le forum Cité Catholique avec le wifi de l’hôtel de Blagnac. Il consulte alors les dernières publications des utilisateurs du forum sur deux fils de discussions en cours dans le thème "Christianisme pour les nuls".
Vers 20 heures, les voisins mitoyens du 55 bd Schuman rentrent de weekend. Ils remarquent que tous les volets fermés, ce qui paraît inhabituel à cette heure. Leur attention est attirée par une feuille de format A4 fixée au mur latéral de la porte d'entrée par du scotch orange, au-dessus de l'emplacement de la boîte aux lettres, avec l'inscription imprimée suivante : "courrier à réexpédier à l'expéditeur".
Le matin une voisine commerçante remarque la Golf cabriolet d'Agnès garée sur le boulevard des Américains, il lui semble qu'elle a changé de place récemment. Elle en parle à un autre voisin qui lui dit l'avoir déjà aperçue la veille, mais ne l'avait pas remarquée à cette place la semaine précédente. Ils sont eux aussi intrigués par les volets fermés et le papier scotché à la porte d'entrée.
Avant midi, Xavier quitte Toulouse en direction de la région PACA. A 16h44, il passe dans les environs d’Arles, son téléphone active une cellule située sur la D453, route de la Crau, à Raphèle Les Arles.
Vers 18h30, Xavier arrive à l’auberge de Cassagne au Pontet, un hôtel 5 étoiles. Il s’enregistre cette fois sous le nom Xavier Laurent, domicilié au 56 Rue de la ferme, 44300 NANTES, et donne son vrai numéro de téléphone. L'une des responsables de l'hôtel se souvient : "C’est un fait marquant de l’histoire de notre établissement. Je m’en souviens très bien, c’était au moment où nous venions de décrocher notre 5e étoile, lorsque nous avons vu débouler tous les médias, les télévisions qui nous interrogeaient sur le passage à l’hôtel de M. de Ligonnès. Une semaine plus tôt, la police était passée nous interroger sur la venue d’un homme qui se faisait appeler Xavier Laurent. Tout le monde se souvenait de lui car c’était un homme seul, alors que nous avons beaucoup de couples. Il était très avenant, pas du tout en retrait, au contraire. Je me souviens, j’étais dans le jardin, j’étais passée sous son balcon, il m’avait fait un signe. J’ai pensé que c’était quelqu’un qui était déjà venu, mais ce n’était pas le cas. Après je l’ai accompagné au restaurant, comme je fais très souvent avec les clients. Il a beaucoup parlé vin avec le sommelier. Il disait qu’il aimait beaucoup la gastronomie. Quand on a su ce qui lui était reproché, j’avoue que l’on n’y croyait pas. Si c’est lui qui a tué toute sa famille, il n’avait pas du tout de tristesse, au contraire." (Le Dauphiné Libéré, Jean-François Garcin, "Xavier Dupont de Ligonnès avait séjourné dans un 5 étoiles près d’Avignon", 11 oct. 2019).
Le soir, les voisins des deux maisons mitoyennes échangent leurs impression : tous trouvent bizarre cette absence soudaine. L'un d'eux a entendu dire par des adolescents que sur Facebook, certains disent que la famille serait partie en Australie.
20h24, Xavier se rend au restaurant de l'hôtel pour le dîner, qu'il accompagne d'une demi bouteille de Bourgogne. Il retourne à sa chambre, et se connecte à internet via le wifi de l’hôtel. Entre 21h34 et 21h44, il passe en revue les publications récentes des autres membres du forum Cité Catholique. Les fils de discussions qu’il consulte sont plusieurs sujets d’actualité dans le thème "Actualité décryptée" et un autre dans le "Christianisme pour les nuls".
Mercredi 13 avril 2011 :
Après son petit-déjeuner, Xavier jette un coup d'œil sur les nouvelles publications sur le forum Cité Catholique. Il n’y passe que cinq minutes, entre 09h09 et 09h13, et consulte trois fils de discussions sur les thèmes de la Spiritualité et de l’Apologétique.
10h06, Xavier règle la nuitée et le dîner avec sa carte bancaire, le montant est de 219.54 €. Il quitte ensuite l'hôtel.
En fin de matinée, les voisins du 55 bd Schuman s'inquiètent, et préviennent la police. La police prend alors contact avec l’établissement scolaire la Perverie, où étaient scolarisés Anne et Benoît. Le directeur déclare avoir reçu une lettre postée le 9 avril l’informant du départ de la famille pour l'Australie, en raison d'une mutation en urgence, ce qui lui a été confirmé par des parents d'élèves. La police décide d'envoyer une patrouille au domicile familial.
Vers 14h00, première visite domiciliaire. Deux officiers de la police judiciaire se rendent au 55 bd Schuman, accompagnée des pompiers, et pénètrent dans la maison : l'électricité fonctionne, des valises se trouvent dans les chambres "présageant d'un départ rapide".
16h21, règlement d'un péage autoroute Escota avec la carte bancaire de Xavier pour un montant de 11.90 €, le lieu du péage n’est pas mentionné dans les informations figurant sur le relevé de banque, qui ne donne que l'adresse du siège social du réseau Escota à l'époque, situé à Mandelieu-la-Napoule (contrairement à ce que prétend une rumeur médiatique, Xavier n'est donc pas sorti de l'autoroute à cet endroit). Le réseau Escota commence dès Aix-en-Provence.
19h04, Xavier arrive à l’hôtel Première Classe de La Seyne-sur-Mer. Il s'enregistre sous le nom de Xavier Laurent, et règle la somme en espèces.
Le soir, de 23h52 à 23h54, Xavier se connecte via le wifi de l’hôtel sur le forum Cité Catholique. Il ne consulte qu’une seule discussion, sur la Résurrection de Jésus, dans le thème apologétique.
Jeudi 14 avril 2011 :
Le matin Xavier quitte l'hôtel Première Classe de la Seyne-sur-Mer.
A 15h25, Xavier se présente à la réception de l’hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens et s’enregistre pour une nuit sous le nom Xavier Dupont. Il règle immédiatement le prix de la nuitée en espèces. Xavier demande ensuite à changer de chambre pour avoir la télévision, qui ne fonctionnait pas dans la première qui lui avait été attribuée.
Entre 16h33 à 16h41, les caméras de surveillance de l'hôtel montrent Xavier affairé dans sa voiture : il semble faire un nettoyage sommaire de la C5. Il retourne ensuite dans sa chambre.
A17h05, toujours selon les caméras de survaillance, Xavier quitte le parking de l’hôtel au volant de la C5. A 17h15, il retire 30 € au distributeur de la Caisse d’Epargne, dans le centre de Roquebrune-sur-Argens. La caméra de surveillance permettra de confirmer que c'est bien lui l'auteur du retrait. C'est la dernière fois qu'il se sert de sa carte bancaire. Les enquêteurs le localiseront le 20 avril grâce à cette dernière transaction, la police locale retrouvera la C5 garée sur le parking de l'hôtel le lendemain.
Entre 19h06 et 19h12, Xavier se connecte sur le forum cité catholique via le wifi de l’hôtel, c'est sa dernière visite connue. Il consulte les nouvelles publications sur les discussions des thèmes Apologétique et Christianisme pour les nuls. Il n’y est pas question de suicide.
20h33, Michel et un autre ami de Xavier reçoivent l'email suivant, envoyé depuis l'adresse professionnelle de Xavier :
"Bonjour, nous procédons au nettoyage final des moyens de communication facilement traçables de la famille prise en charge par nos services. Il ne sert plus à rien d'adresser de mails, ni via le site web Route des Commerciaux que nous venons d'effacer pour des raisons de sécurité, ni sur aucune autre boite mail. La famille prise en charge a interdiction de communiquer par des moyens électroniques (pas plus des cybercafés que des appareils empruntés) : aussi bien les adultes que les adolescents sont usuellement tentés de donner des indications trop précises sur leur nouvelle vie. Les seules possibles communications seront des courriers classiques, contrôlés et transmis par nos services."
20h39, la personne à qui Xavier avait confié des sites quelques jours plus tôt reçoit un mail similaire, envoyé avec la même adresse :
"Bonjour, nous procédons au nettoyage final des moyens de communication facilement traçables de la famille prise en charge par nos services. Nous constatons qu'une mauvaise idée a été émise concernant le site qui est à la source de cette prise en charge : il n'aurait jamais dû vous être transmis. Cela représente un risque potentiel pour vous : nous l'avons effacé. Si vous en avez fait une copie, ne le remettez pas en ligne. Concernant les autres sites qui vous ont été transmis, faites ce que bon vous semble : ils ne sont pas directement concernés par notre action. (Un conseil cependant : retirez votre adresse mail que vous avez mis en forward. Il serait facile avec ce système de remonter jusqu'à vous puisque les sites sont la propriété de la personne recherchée. N'établissez pas de lien entre elle et vous, pour votre sécurité. Contentez-vous, si vous le souhaitez, de payer les noms de domaine et les hébergements à échéance – en ligne par carte bancaire si vous le souhaitez car le système est suffisamment sécurisé – et d'administrer les sites via les pages ""admin"" et un logiciel ftp : ce que n'importe qui peut faire anonymement à partir de n'importe quel PC, sans risque.)"
Vendredi 15 avril 2011 :
Vers 10h00, Xavier est filmé en train de prendre un café au distributeur. A 10h03, il se connecte pour la dernière fois au moyen de sa clé 3G.
A 10h11, selon les caméras de surveillance, Xavier sort de l’hôtel avec une sacoche d’ordinateur, un sac de voyage et une housse de costume de couleur sombre et se rend à sa voiture. La voiture quitte le parking de l'hôtel et le champ de la caméra à 10h19.
Vers 14h00, une voisine habitant l'une des deux maison mitoyenne qui s'inquiète de l'absence de la famille se présente spontanément à la police pour y être entendue. La police judiciaire de Nantes ouvre une enquête, la mention "disparition inquiétante" apparaît désormais sur les procès-verbaux.
Vers 15h00, deux officiers de la PJ effectuent une seconde visite domiciliaire. Ils inspectent le 55 bd Schuman, la maison, le jardin, la cave, en passant sous la terrasse, sans rien remarquer d'anormal. Ils font mention d'un papier manuscrit, indiquant "clé de la cave", qui se trouve sur la table de la cuisine, en évidence, avec la clé posée dessus. Ils prennent cette clé, se rendent sous la terrasse, ouvrent la porte et rentrent dans la cave. Ils referment et reposent la clé là où ils l'ont trouvé. La conclusion de leur rapport est que la maison ne présente aucun caractère de fouille ni de désordre.
A 16h03, Xavier revient au volant de la C5, qu'il gare sur le parking. Ce sont les dernières images de Xavier, filmé par les caméras de surveillance de l'hôtel F1 de Roquebrune-sur-Argens. Il quitte à pied l'hôtel, abandonnant la C5 sur le parking. Elle y est retrouvée par la gendarmerie le soir du 21 avril. Xavier quitte le parking de l'hôtel à pied, en emportant une housse de costume qui semble contenir un objet long. Des enquêteurs émettront plus tard l'hypothèse qu'il s'agit de la carabine. A 16h13, Xavier sort du champ de vision des caméras, il se dirige à pied vers le rond-point.
Vers 17h00, l'une des destinataires de la lettre aux intimes, une mère de famille amie de Xavier et Agnès, contacte la police par téléphone, ayant été informée des recherches par les voisins. Elle explique les raisons du départ de la famille, telles qu’expliquées dans la lettre commune, et communique aux policiers les noms et coordonnées des autres destinataires de cette lettre.
Samedi 16 avril 2011 :
Le matin, la mère de famille est entendue par la PJ. Elle déclare croire à la lettre des époux de Ligonnès, expliquant qu'ils sont pris en charge par le gouvernement américain, et transférés aux USA sous une autre identité.
Le matin, la police de Nantes contacte Christine par téléphone. Elle a déjà connaissance de la lettre puisqu'elle interroge Christine sur l'identité des destinataires. Selon l'interlocuteur de Christine, bien qu'il y ait deux mineurs, la police ne considère pas la disparition comme inquiétante pour l'instant, mais des recherches seront lancées le lundi 18 avril s’il n’y a rien de nouveau d’ici là. L'officier de police demande également à Christine si son frère travaille avec la police.
Vers 16h00, audition d'un second témoin, qui dépose une autre copie de la lettre commune, ainsi que deux jeux de clés du domicile familial du 55 bd Schuman.
Dimanche 17 avril 2011 :
Diagnostic temporel pour la pose de la couche de ciment prompt enfouie sous 10 centimètres, sous abri, selon la description qui en est faite le 21 avril : le ciment aurait été coulé environ 3 jours plus tôt.
Dimanche 17 avril 2011 :
Diagnostic temporel pour la pose de la couche de ciment prompt enfouie sous 10 centimètres, sous abri, selon la description qui en est faite le 21 avril : le ciment aurait été coulé environ 3 jours plus tôt.
Diagnostic temporel pour le nettoyage du sol carrelé de la cuisine selon la description de la serpillère humide retrouvée le 18 avril dans une maison fermée depuis quelques jours, en tenant compte de la météo de l'époque : 24 à 48 heures au maximum.
Lundi 18 avril 2011 :
Le parquet de Nantes est saisi pour disparition inquiétante. Ayant appris que Xavier pratiquait le tir et détenait une carabine 22 Long Rifle, le substitut du procureur ordonne une troisième visite domiciliaire pour la saisie de cette arme.
Lundi 18 avril 2011 :
Le parquet de Nantes est saisi pour disparition inquiétante. Ayant appris que Xavier pratiquait le tir et détenait une carabine 22 Long Rifle, le substitut du procureur ordonne une troisième visite domiciliaire pour la saisie de cette arme.
La disparition de la famille est annoncée à la radio.
Vers 16h00, troisième visite domiciliaire effectuée par la police judiciaire de Nantes, au 55 bd Schuman. Dans la cuisine, la police remarque une serpillère encore humide et mentionne un bidon de désincrustant posé sur la table, où se trouve également la clé de la cave, posée sur le papier manuscrit. La PJ effectue une visite des extérieurs, inspecte la terrasse et se rend dans la cave, en passant obligatoirement sous le balcon terrasse.
Mardi 19 avril 2011 :
Une amie d'Agnès reçoit un email, envoyé depuis l'adresse personnelle d'Agnès, avec le sujet "remembering Agnès". Cette personne, recevant beaucoup d'email "chaîne" de la part d'Agnès, déclare n'avoir pas lu ce message, l'avoir supprimé sans l'ouvrir, et avoir vidé la corbeille.
Mercredi 20 avril 2011 :
Quatrième visite domiciliaire, effectuée par la PJ de Nantes au 55 bd Schuman.
La police constate le bidon de désincrustant sur le plan de travail, et devant la zone de cuisson se trouve un seau de nettoyage de couleur rouge dans lequel se trouve un balai brosse souple encore humide.
Mardi 19 avril 2011 :
Une amie d'Agnès reçoit un email, envoyé depuis l'adresse personnelle d'Agnès, avec le sujet "remembering Agnès". Cette personne, recevant beaucoup d'email "chaîne" de la part d'Agnès, déclare n'avoir pas lu ce message, l'avoir supprimé sans l'ouvrir, et avoir vidé la corbeille.
Mercredi 20 avril 2011 :
Quatrième visite domiciliaire, effectuée par la PJ de Nantes au 55 bd Schuman.
La police constate le bidon de désincrustant sur le plan de travail, et devant la zone de cuisson se trouve un seau de nettoyage de couleur rouge dans lequel se trouve un balai brosse souple encore humide.
La clé de la cave est toujours sur la table, recouverte d'une nappe propre.
La PJ visite toute la maison ainsi que les extérieurs : le jardin, le dessous de la terrasse, et la cave.
Aucune trace de sang significative n'est découverte dans les étages.
Jeudi 21 avril 2011 :
Cinquième visite domiciliaire, effectuée par la PJ de Nantes au 55 bd Schuman.
Aucune trace de sang significative n'est découverte dans les étages.
Jeudi 21 avril 2011 :
Cinquième visite domiciliaire, effectuée par la PJ de Nantes au 55 bd Schuman.
Avec la découverte des achats de chaux vive sur les relevés bancaires la veille, les policiers sont désormais à la recherche de cadavres : ils décident de sonder les sols du jardin et de la cave.
Sous l'abri formé par le balcon terrasse, à gauche de l'entrée de la cave, ils creusent 10cm dans une terre sèche un peu meuble et mêlée à des gravats. Les policiers découvrent alors une couche de ciment gris, d'une épaisseur irrégulière d'un à deux centimètres, dure, "mais s'écrasant légèrement au toucher, laissant ainsi penser qu’il n’est pas complètement sec et qu’il a pu être réalisé récemment".
Leurs investigations les amèneront à la découverte d'un corps d'une part, puis de quatre autres corps et de deux chiens, d'autre part, enterrés dans deux fosses creusées sous le balcon terrasse, de part et d'autre de l'accès à la cave. Les corps sont soigneusement emmaillotés dans des couches superposées de draps et de sacs de couchage, la tête calée, la face contre un oreiller ou un coussin, le tout enveloppé dans des sacs poubelle se chevauchant, puis ficelé par de nombreux rubans adhésifs.
Vendredi 22 avril 2011 :
Les corps exhumés sont autopsiés. Les photos prises lors de l'exhumation et au début des autopsies montrent que les traits des visages et les corps sont encore relativement bien préservés malgré leur séjour sous terre (ces photos ont été versées au dossier accessible au parties civiles en 2024).
En revanche, les photos prises à la fin des autopsies montrent des corps dont l'état rend impossible toute présentation pour une identification postérieure par la famille : à des fins d'examens balistique et toxicologique, les crânes ont été découpés à la scie et les corps ouverts et éviscérés.
Selon les médecins légistes, les décès sont estimés dater de 10 à 21 jours, soit entre le 1er et le 12 avril. Pour les enquêteurs, qui se basent sur la répartition des corps dans les fosses, sur les absences et le retour de Thomas à Nantes, les meurtres ont eu lieu au cours des nuits du 3 au 4 avril, et du 5 au 6. Le procureur Xavier Ronsin donne ces éléments dans une conférence de presse en fin de journée.
Samedi 23 avril 2011 :
Suite à la réaction de plusieurs personnes du voisinage affirmant avoir vu Agnès après le 4 avril, date annoncée la veille comme étant celle de son décès, le procureur précise que la date exacte des décès n'est pas encore déterminée avec certitude et ne pouvait l'être au jour près par les légistes. Il annonce également que les témoins seront entendus.
Mardi 26 avril 2011 :
Les permis d’inhumer sont délivrés.
Jeudi 28 avril 2011 :
Cérémonie religieuse, suivie d’une crémation. Les corps sont réduits en cendres.
Suite à la réaction de plusieurs personnes du voisinage affirmant avoir vu Agnès après le 4 avril, date annoncée la veille comme étant celle de son décès, le procureur précise que la date exacte des décès n'est pas encore déterminée avec certitude et ne pouvait l'être au jour près par les légistes. Il annonce également que les témoins seront entendus.
Mardi 26 avril 2011 :
Les permis d’inhumer sont délivrés.
Jeudi 28 avril 2011 :
Cérémonie religieuse, suivie d’une crémation. Les corps sont réduits en cendres.
Mai 2011 :
Livraison finale des résultats des analyses ADN.
Pour des raisons de conservation, des scellés ayant trait à l'exhumation sont détruits par le feu. Il s'agit de la literie, des sacs plastiques et des rubans adhésifs ayant servi à envelopper les corps.
Février 2012 :
Levée des scellés du 55 bd Schuman. Il n'y pas eu de reconstitution.